Chômage, l'éternel retour ?, documentaire d'Arte

La paresse est ce à quoi l’homme aspire au plus profond de lui-même. Or, l’organisation du capitalisme est telle que « ne jouissent de la paresse que ceux qui se sont assuré un capital ». C’est par ce constat du peintre russe Kasimir Malevitch que se termine le documentaire d’Arte intitulé Chômage, l’éternel retour ? Le chômage a-t-il toujours existé ? Est-il inévitable ou seulement le résultat de choix politiques et économiques ? Existe-t-il des moyens de redonner à des millions de femmes et d’hommes les moyens de subsistance qui leur sont refusés lorsqu’ils sont sans emploi ? Est-il possible de partager le travail plus équitablement qu’aujourd’hui, entre d’un côté ceux qui travaillent trop, d’un autre ceux qui ne travaillent pas assez, d’un autre encore ceux qui ne travaillent pas du tout ? Dans cette dernière catégorie figurent notamment les découragés, qui ont baissé les bras et accepté leur sort, vivant d’expédients et d’allocations diverses. D’aucuns considéreront sans doute qu’ils le veulent bien et qu’ils ne sont donc pas à plaindre… Dans cette troisième catégorie également, il y a ceux auxquels Malevitch faisait allusion et qui disposent d’un capital suffisant pour ne pas avoir à travailler. C’est leur argent qui travaille tout seul — autrement dit, il y en a d’autres qui travaillent pour eux. Les rendements exigés par ces détenteurs de capital pour vivre confortablement sont toujours plus élevés et ne sont pas étrangers à la montée du chômage.

Retour au XIXe siècle
Ce grand capital est le plus souvent accumulé de longue date et transmis de génération en génération, comme Thomas Piketty le décrit dans Le Capital au XXIe siècle. L’on apprend dans ce gros ouvrage que la répartition des richesses en France et dans le monde est aujourd’hui sensiblement identique à ce qu’elle était à la fin du XIXe siècle. Une fois effacés les effets égalisateurs des deux guerres mondiales, une fois la reconstruction achevée, la croissance reprend le rythme qui a été le sien pendant des siècles — de l’ordre de 1-1,5% seulement — tandis que l’accumulation du capital entre un tout petit nombre de mains repart de plus belle. Et selon l’auteur, à moins de taxer les revenus de ce capital et d’instaurer des droits de successions dignes de ce nom, il n’y a aucune raison que cette tendance s’inverse… Si d’un côté les salaires suivent au mieux le rythme de la croissance tandis que de l’autre le capital est rémunéré à (en moyenne) 5%*, il est en effet logique que le fossé se creuse entre les rentiers et ceux qui ne disposent que du revenu de leur travail. Quant à ceux qui n’ont pas de travail… Les inégalités les plus choquantes ne se situent pas au niveau des revenus du travail, même les super salaires des grands patrons les accentuent désormais, mais à celui du capital.

Riche, pourquoi pas toi ?, de Marion Montaigne

Extrait de « Riche, pourquoi pas toi ? », de Marion Montaigne.

Esprit de classe
Mais alors, pourquoi ne pas devenir riche soi-même, puisque paraît-il nous partons tous avec les mêmes chances de réussite ? Pas si simple, comme le montre plaisamment Riche : pourquoi pas toi, une BD de Marion Montaigne, écrite en collaboration avec Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, les sociologues français spécialistes des super riches. Pas si simple, parce qu’avoir l’argent ne suffit pas. Gagner au loto est une chose, faire partie des vrais riches en est une autre, d’autant que ces derniers se protègent et font preuve d’un esprit de classe qui a disparu ailleurs.
Tous ceux qui n’ont pas le courage de lire les 950 pages du Capital au XXIe siècle auront peut-être quelques minutes à consacrer à cette bande dessinée hilarante et fort instructive.

 * Ceux qui disposent de fortunes importantes obtiennent des taux de rendement élevés, bien différents de ceux accordés aux petits actionnaires ou autres détenteurs de Livrets A.

Riche, pourquoi pas toi ?, de Marion Montaigne_2

Extrait de « Riche, pourquoi pas toi ? », de Marion Montaigne

 
 
 

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