Joseph E. Stiglitz, sur France Culture

Les inégalités aux Etats-Unis n’ont jamais été aussi choquantes : huit Américains, qui ont hérité de leur fortune, ont ainsi une richesse équivalente à celle des 44% d’américains les moins riches. Au niveau mondial, 80 milliardaires possèdent autant que la moitié de la population de la planète. Depuis 2008, les riches se sont enrichis, les autres ont été appauvris. Les revenus des classes moyennes américaines sont inférieurs à ce qu’ils étaient il y a vingt-cinq ans. Tout en bas de l’échelle, les salaires sont plus bas qu’il y a un demi-siècle.
Ce constat, c’est l’Américain Joseph E. Stiglitz, prix Nobel d’Economie, qui le dresse dans son dernier ouvrage, La Grande fracture. Un diagnostic que Thomas Piketty avait formulé avant lui dans avec son Capital au XXIe siècle.
Jusqu’en 2008, la France avait réussi a résister à cette tendance mondiale, née aux USA. Depuis cette date malheureusement, ce n’est plus le cas et les inégalités se creusent aussi dans l’Hexagone.
Selon l’auteur, les choix qui ont provoqué l’actuel déséquilibre américain ont été opérés dans les années 1980 par Ronald Reagan et par son clone britannique, Margaret Thatcher. Ce n’étaient alors que des idées, dont on ne connaissait peut-être pas toutes les conséquences. Si les électeurs américains les avaient connues, ils n’auraient assurément pas voté pour. Aujourd’hui on sait ce qu’il en est, mais cela n’empêche pas économistes et politiques de prôner les mêmes réformes, les mêmes dérégulations en Europe et en France. Dans un chapitre intitulé Les Imbéciles du capitalisme, Joseph E. Stiglitz raille par exemple les actionnaires qui s’appauvrissent en offrant des parachutes dorés à des patrons qui quittent l’entreprise. Si l’on en croit l’actualité française récente, ces imbéciles ne sont pas tous Américains…
Selon Joseph E. Stiglitz, pour que l’économie et la société fonctionnent harmonieusement, il faut une bonne fiscalité, qui taxe notamment les « mauvaise choses » comme la pollution, l’empreinte carbone, la spéculation et les excès du système bancaire, etc. Ces « choses », si elles sont « mauvaises » pour la majorité, sont en revanche « excellentes » pour une infime minorité. Et c’est cette minorité qui décide, aux Etats-Unis comme en France.

Interview de Joseph E. Stiglitz a écouter ici…

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