le-crepuscule-de-la-france-den-hautTantôt ce sont les sondages, tantôt les journalistes, tantôt les politiques qui sont accusés de ne plus saisir la réalité de leur pays, et ce quel que soit ce pays. Et en effet, personnes parmi eux n’a vu venir le Brexit, l’élection de Donald Trump ou encore la désignation de Français Fillon à la primaire de la droite.
Est-ce une réelle incapacité à sortir du petit cercle des initiés pour écouter tous les non initiés, ou s’agit-il plutôt d’un refus de voir la réalité telle qu’elle est ?
Qu’elle que soit la cause du décalage entre ce que les « élites » prévoient qu’il adviendra et ce qu’il advient réellement, une chose est certaine : la parole de ceux qui sont censés savoir n’a plus beaucoup de valeur. Pis : cette parole devient même un repoussoir pour toutes celles et ceux — et ce sont de loin les plus nombreux — qui ne font plus confiance à ceux qui la prononcent.
C’est en tout cas le diagnostic dressé par Christophe Guilluy dans son livre Le Crépuscule de la France d’en haut, un diagnostic qui, à quelques différences près, pourrait certainement s’appliquer au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, à l’Allemagne, à l’Italie et à n’importe quel autre pays dit développé. Pourquoi ? Parce que la mondialisation fait quelques heureux et beaucoup de malheureux et que, partout, les premiers sont peu ou prou les mêmes, comme le sont les seconds. Le hiatus qui existe désormais entre les gagnants et les perdants est tel que ceux-ci et ceux-là n’ont plus la même vision du monde, leurs intérêts étant désormais divergents, voire opposés. Partant, comment ceux qui ne profitent pas des fruits de la mondialisation pourraient-ils accorder crédit à ce que disent ceux qui en bénéficient et qui ne veulent surtout rien changer ? Pour l’auteur, cette opposition existe au niveau territorial, les préoccupations de la France des métropoles s’éloignant de plus en plus de celles de la France périphérique. Il ne s’agit pas de distinguer les grandes villes des banlieues qui les entourent, comme nombre de commentateurs le font — association d’idée avec Paris et les villes situées de l’autre côté du périph’ ? —, mais d’observer les clivages existant aujourd’hui entre les principales villes — et leurs banlieues — de l’Hexagone d’un côté, et les villes moyennes, les petites et les campagnes de l’autre.
Des clivages entre France d’en haut et France périphérique de plus en plus nombreux, profonds, qui n’ont aucune raison de s’estomper tant que la première ne prendra pas en considération ce que la seconde, devenue invisible à ses yeux, lui dit depuis de nombreuses années.
Qu’ils vivent en France, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis ou ailleurs, les habitants de ces vastes zones oubliées ont pris acte que « ceux d’en haut » ne feront rien pour eux. Ils ne les écoutent plus et s’en remettent désormais à d’autres. A tord ou à raison.

Le Crépuscule de la France d’en haut, Christophe Guilluy
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