© ASN

Deux ventes par le groupe Nokia intéressent directement l’Hexagone. La première opération revêt même un caractère stratégique. En s’emparant d’Alcatel-Lucent en 2015, Nokia a en effet mis la main sur ASN (Alcatel Sous-marine Networks). Lors de ce rachat, l’éventualité de ne pas intégrer ASN à la transaction a été évoquée, avant d’être abandonnée, Nokia s’engageant à conserver ASN. Or le Finlandais veut aujourd’hui céder cette entité. L’Etat n’entend pas laisser les mains libres à Nokia et lui a rappelé le caractère stratégique que revêt ASN pour la France. Il s’agit en effet du numéro 1 mondial des câbles sous-marins, ces précieux « tuyaux » par lesquels transite l’essentiel des informations circulant sur Internet. En plus de disposer d’un important site de fabrication de câbles à Calais, Alcatel Submarine Netwroks est à la tête d’une flotte de navires qui lui permettent de poser les câbles au fond des océans. A l’heure où les piratages et autres cyber-attaques se multiplient, on comprend que Paris ne souhaite pas voir ces câbles tomber entre n’importe quelles mains, quand bien même seraient-elles amies. Les récents scandales de vols de données ne concernent-ils pas la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, autrement dit deux alliés de la France ?
Nokia serait en discussion avec plusieurs acquéreurs potentiels, dont elle n’a pas révélé les noms. Parmi eux figurent sans doute l’Italien Prysmian et son principal concurrent, le Français Nexans, voire peut-être l’autre Français Orange qui, s’il ne fabrique pas de câbles, en déploie en revanche dans tous les océans, grâce à ses propres bateaux.
Le rachat de STX par Fincantieri a été long, compliqué et a nécessité de longs mois de négociations, qui ont au final prévu le rapprochement de Fincantieri et de Naval Group. En dépit de cet accord, l’Etat italien a ensuite préféré des sous-marins allemands à ceux proposés par « le partenaire » Naval Group. Depuis, d’autres tensions franco-italiennes sont apparues, que ce soit en raison de la prise de pouvoir de Vivendi chez Telecom Italia ou de la délicate question du contrôle des migrants à la frontière entre les deux pays. Avant de se rendre à Rome pour tenter d’atténuer ces tensions, le ministre français de l’Action et des Comptes publics évoquait des nations sœurs à propos de la France et de l’Italie. La presse transalpine lui a répondu que cette sororité n’existait pas en Italie. Pis, le leader de la Ligue du Nord — et possible prochain président du Conseil — a déclaré : « Ce ne sont pas les diplomates russes qu’il faut expulser, mais les français. »
Le groupe Nokia aura sans doute la tentation de vendre au plus offrant. Or depuis qu’il s’est emparé de l’Américain Global Cable fin 2017, Prysmian est beaucoup gros que Nexans. Pour autant, Alcatel Submarine Networks est considéré comme étant un opérateur d’importance vitale (OIV) par les autorités françaises. Celles-ci auront donc leur mot à dire… Une autre pomme de discorde, une nouvelle bataille « fraternelle » entre Français et Italiens se profile-t-elle ?

© Nokia

La seconde cession que Nokia souhaite menée à bien est celle de Withings, l’ex pépite tricolore spécialiste des objets connectés — montres, balances, tensiomètres, babyphones… Avec l’acquisition de cette start-up en 2016, le géant finlandais entendait développer un pôle santé, qui ne s’est malheureusement jamais développé. Il s’agit donc de rendre à Withings — qui s’appelle aujourd’hui Nokia Health — sa liberté, ou plus probablement de lui trouver un acquéreur. Mais cette opération sera probablement beaucoup moins délicate que la première.

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