Allemands et français ont décidément bien du mal à s’entendre ces derniers temps. Berlin est ainsi réservé, voire hostile, quant aux objectifs affichés par Paris d’intégration renforcée, d’harmonisation fiscale et de plus grande solidarité entre les pays riches et moins riches de l’Union européenne. Motif des réticences allemandes : la crainte que les pays du Sud, le Club Med comme on les surnomme au Nord, n’en profitent pour ne rien changer à leurs mauvaises habitudes. Qu’ils continuent de dépenser plus qu’ils ne gagnent et qu’ils aient demain l’autorisation de piocher dans les poches des travailleurs et épargnants d’Outre-Rhin.
Pourquoi en effet l’Allemagne — mais aussi les Pays-Bas, l’Autriche, la Suède, le Danemark… — devrait-elle travailler dur et épargner pour qu’au final ce soient les Italiens, les Grecs, les Espagnols ou les Français qui en profitent ? S’il convient de récompenser les vertus des fourmis, il est tout aussi important de ne pas encourager les vices des cigales.
Pourquoi, par exemple, continuer à subventionner des agriculteurs et éleveurs français qui ne sont plus compétitifs face à des concurrents allemands, qui usent et abusent des travailleurs détachés d’Europe de l’Est ? Il convient en effet d’accepter les évolutions de l’économie mondialisée et ne pas maintenir sous perfusion des secteurs économiques qui ne sont plus viables. Surtout si c’est grâce à de l’argent de l’Union européenne. Soit. Pourtant, il semblerait que ce discours plein de bon sens économique ne s’applique pas à tous de la même façon.


Le groupe PSA, qui a acquis l’année passée le constructeur Opel, vient d’en faire l’expérience. Alors que les salariés des usines Opel, Peugeot et Citroën d’Europe de l’Est, d’Espagne et de France ont consenti de gros efforts en termes de salaire et de temps de travail, les salariés allemands, via le puissant syndicat IG Metall, les ont quant à eux catégoriquement refusés. Déficitaire depuis vingt ans, Opel s’est en effet habitué à bénéficier des largesses de General Motors, l’ancien propriétaire, qui acceptait de combler les pertes, espérant à terme des jours meilleurs. Avant de finalement jeter l’éponge et de vendre « le panier percé » à PSA.
Selon les calculs de la direction de PSA, une usine Opel en Allemagne coûte environ deux fois plus cher que d’autres sites de production du groupe. Partant, cette même direction a refusé d’appliquer les 4,3 % d’augmentation de salaire accordée par la précédente direction aux salariés allemands d’Opel. Très remonté contre le nouveau propriétaire français, IG Metall a reçu le soutien d’Angela Merkel, la chancelière demandant à PSA de respecter les engagements pris précédemment.
Pourtant, il semblerait qu’en l’espèce les salariés allemands d’Opel soient très nettement moins performants que leurs homologues d’Europe du Sud ou de l’Est. Ne serait-il donc pas logique qu’ils fassent à leur tour les efforts qui sont en général demandés aux salariés des autres pays ? Sinon, faut-il comprendre que si efforts à faire il y a, ils doivent l’être uniquement par les autres pour que puisse être préservé le statut supposément haut de gamme du travailleur allemand ?
En France, un accord analogue à celui dénoncé par les salariés allemands a été soutenu et signé par les salariés et les syndicats français de PSA fin 2016. Un peu plus tôt la même année, le constructeur allemand Smart (Daimler-Benz) a obligé les salariés français de son usine de Hambach à revenir aux 39 heures, sous peine de fermeture du site. Sous la menace, les salariés lorrains ont accepté ce retour en arrière pour préserver le site. Tout récemment, le groupe PSA a signé un accord concernant les nouveaux comités sociaux et économiques avec cinq syndicats sur six, ces derniers trouvant en outre l’accord très équilibré. Direction de PSA et syndicats peuvent donc s’entendre. Alors pourquoi pas en Allemagne ? Peut-être tout simplement nos voisins d’outre-Rhin ne sont-ils pas habitués à ce qu’une « puissance étrangère » les soumette au régime que leurs pays imposent à d’autres, hors de leurs frontières.

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