Atos va doubler la fabrication de ses supercalculateurs en France, dans son usine de Angers. © Atos

Alors que certaines entreprises continuent de quitter l’Hexagone, à l’image du laboratoire pharmaceutique Ipsen, d’autres s’apprêtent à y revenir. Ou à s’y implanter pour la première fois.
Les secteurs d’activité concernés par ces relocalisations semblaient, pour certains, définitivement perdus. C’est le cas notamment de la fabrication de scooters, déjà évoqués récemment, ou encore de la production de chaussures de sport
Ainsi, le groupe Atos a annoncé, début février 2022, un investissement de 60 millions d’euros pour reconstruire son site d’Angers. Spécialité de cette ancienne usine Bull : la fabrication de supercalculateurs. C’est ici, dans le Maine-et-Loire, que sont fabriquées les seules machines de ce type — utilisées pour le calcul intensif— en Europe. L’immense majorité des supercalculateurs est en effet fabriquée en Asie — Chine et Japon — et aux États-Unis.
Objectif des travaux annoncés : doubler la production, de supercalculateurs donc, mais aussi de serveurs haut de gamme.

L’innovation, le critère déterminant

C’est dans un tout autre domaine qu’une nouvelle entreprise se distingue : Metblo France. Que produit-elle : du tissu synthétique dans lequel sont fabriqués les masques chirurgicaux et FFP2.
L’activité de la toute nouvelle usine de ce tout nouvel acteur n’a débuté qu’à l’été 2021. Point fort de l’entreprise : un meltblown différent, plus léger et plus performant. Comme l’explique le dirigeant, également « inventeur » de ce nouveau tissu, il faut d’ordinaire 15 tonnes de meltbown pour fabriquer 15 millions de masques. Il n’en faut plus que 9 avec le produit maison. Résultat : Metblo France est parfaitement compétitif par rapport à ses concurrents asiatiques ou nord-africains.
La production française de masques est encore très largement minoritaire en 2022. Mais elle se développe rapidement, grâce notamment à un nouveau guide d’achat pour les appels d’offres publics, établi par le gouvernement. Grâce à Metblo France, 90 % des masques made in France sont désormais fabriqués avec ce meltblown révolutionnaire et tricolore.

Croissance de 300 % et production 100 % française

C’est également l’innovation qui explique le succès d’Exotec. Cette start-up a en effet inventé le robot logistique en 3D. Et ça marche. Pour preuve, c’est cette jeune pousse nordiste qui a connu la plus forte croissance en 2021, soit 300 %.
Promue licorne récemment, Exotec est une start-up industrielle, pas une énième Fintech… Une performance d’autant plus remarquable qu’Exotec produit l’intégralité de ses machines dans le Nord. Et qu’elle a parmi ses principaux concurrents Amazon et ses robots Kiva.

Exotec fabrique en France des robots logistiques qui se déplacent horizontalement, mais aussi verticalement ! © Exotec

Tel est pris qui croyait prendre !

Enfin, signalons un retour aux sources amusant : le rachat par EDF des fameuses turbines Arabelle, qui équipent les centrales nucléaires tricolores — et quelques russes…
Ces turbines ont été vendues à General Electric en 2014, avec l’ensemble de la branche énergie d’Alstom. Pour beaucoup, cette opération illustrait la désindustrialisation irrémédiable de Belfort et, plus largement, du pays. Et a contrario la toute-puissance des États-Unis.
Qu’en est-il en 2022 ? Désormais concentré sur le ferroviaire, Alstom est dans une forme éclatante. Le constructeur de trains, de métros et de tramways a ainsi racheté son concurrent canadien Bombardier, en 2021. Quant au conglomérat américain, il est en passe d’être démantelé. Pour nombre de spécialistes, sa chute a notamment pour origine le rachat de la moitié d’Alstom, au plus mauvais moment. Persuadé d’avoir réalisé une excellente affaire, sûr de sa force, General Electric s’est en outre engagé a embaucher 1 000 personnes en France. Et à payer de très lourdes pénalités en cas de non-respect de cet engagement.
Résultat : l’Américain a dû verser 50 millions de pénalités, avant de finalement revendre à EDF son entité Steam Power et ses fameuses turbines.

McPhy va construire un gigafactory d’électrolyseurs à Belfort, avec notamment le soutien — involontaire — de General Electric. © McPhy

Naissance d’une nouvelle filière industrielle

Une bien mauvaise affaire pour GE, mais pas pour l’Hexagone* ! Ces 50 millions de pénalités ont en effet permis la création d’un fonds de revitalisation industrielle du Territoire de Belfort. Fonds qui va permettre de créer une toute nouvelle filière industrielle locale, consacrée à l’hydrogène.
Au programme : la création d’un institut de stockage ; la construction d’une gigafactory et celle d’une usine de réservoirs. L’entreprise McPhy va ainsi édifier un site de production d’électrolyseurs. Faurecia va de son côté produire des réservoirs à hydrogène. Quant à l’entreprise H2Sys, elle a déjà inauguré un site de production de groupes électrogènes à hydrogène.
Tous ces projets ont ou vont bénéficier du fonds de revitalisation industrielle. Et donc, en creux, de l’énorme erreur stratégique commise par General Electric en 2014.

Cela d’autant que GE s’est également engagé à développer en France la fabrication des éoliennes offshores, elles aussi héritées d’Alstom.