La Renault Zoe est fabriquée dans l’Hexagone depuis son lancement, en 2012. © Renault

Renault a présenté, le 6 septembre 2021, à Munich, sa toute nouvelle Mégane Électrique made in France. Ce véhicule marque le lancement de la contre-attaque du groupe tricolore. Son concurrent PSA affiche depuis plusieurs années une production française nettement supérieure à celle du groupe Renault. Le nombre de ses véhicules produits dans l’Hexagone est en effet très nettement supérieur à celui de son concurrent tricolore.
Celui-ci ne fabrique plus en France que des modèles qui se vendent peu — Scenic, Talisman, Espace — ou qui s’adressent aux professionnels — Kangoo, Trafic et Master PSA au contraire y produit encore des autos relativement populaires : les Peugeot 308, 3008 et 5008 ; la Citroën C5 Aircross ; les DS3 et DS7 Crossback ainsi que, chez Opel, la nouvelle Mokka et une partie des Grandland. Auxquels il convient d’ajouter les véhicules familiaux et utilitaires Peugeot Traveller/Expert, Citroën Jumpy/Spacetourer, Toyota ProAce ou encore Opel Vivaro. Au total, il n’y a donc pas photo. Mais cela pourrait changer à l’avenir.

Quatre ou cinq nouvelles Renault électriques produites en France

PSA semble en effet avoir choisi d’établir la production de certains modèles thermiques et hybrides dans son pays d’origine, mais celle des véhicules 100 % électrique à l’étranger. Ainsi, les 208, 2008 et C4 sont assemblés en Slovaquie et en Espagne, quelques rares DS3 Crossback et Opel Mokka « zéro émission » voyant le jour à Poissy, dans les Yvelines. Côté Renault, c’est le contraire. Ses Clio, Captur et Mégane hybrides sont fabriquées ailleurs, tandis que les Zoe et Kangoo le sont en France. La nouvelle Mégane électrique et de nouveaux SUV — un du gabarit de Captur, un deuxième de la taille du Kadjar et un troisième pouvant accueillir sept personnes — seront fabriqués dans les prochains mois assemblés à Douai, dans le Nord de l’Hexagone. Ce sera également le cas de la future Renault 5. Soit au total pas moins de cinq nouveaux modèles. Au total, Renault annonce vouloir produire 400 000 véhicules dans son nouveau pôle électrique du Nord de l’Hexagone, à l’horizon 2025.

La nouvelle Mégane Electric, commercialisée à partir de mars 2022, sera produite en France. © Renault

Montée en puissance de la mobilité électrique

Certes, ces voitures 100 % électriques resteront sans doute minoritaires dans le futur proche. Mais les habitudes changent très vite, comme le prouve le recul très rapide du Diesel au cours des dernières années. Et si l’installation de bornes de recharge monte en puissance demain, si les prix, des batteries en particulier, baissent, il est probable que l’électricité gagnera rapidement du terrain. Renault sera alors bien mieux placé que PSA pour fournir des véhicules « propres » et made in France aux automobilistes locaux.
Certains ont reproché à Renault d’avoir délocalisé la production de petite Dacia Spring. Pourtant, il ne s’agit en rien d’une délocalisation puisque ce modèle électrique a été lancé en Chine il y a plusieurs années, sous l’appellation Renault K-ZE. Cette auto est même plus ancienne encore, puisque sa version thermique est fabriquée en Inde et au Brésil depuis 2017. La Spring est donc simplement une auto rebadgée et relookée pour être vendue en France et en Europe. Si on peut le regretter, on peut aussi s’en réjouir : grâce à ses origines exotiques, la Dacia Spring est en effet le véhicule le moins cher du marché. Il permettra donc de démocratiser ce type de voitures propres et silencieuses.

Peugeot a fait le choix d’équiper sa toute nouvelle 308, made in France, de motorisations thermiques et hybrides. © Peugeot

Plate-formes multi-énergies contre 100 % électriques

L’approche de PSA est très différente, puisque les modèles électriques qui figurent à son catalogue sont nouveaux. Pis, les 208, 2008 et C4 étaient encore assemblés en France il y a peu. Désormais électrifiés, ils sont importés d’Europe de l’Est et d’Espagne. En outre, PSA continue de commercialiser des modèles multi-énergie, contrairement à Renault. La nouvelle Mégane E-TECH Electric, qui sera commercialisée en mars 2022. Uniquement électrique, elle cohabitera avec l’ancienne Mégane thermique/hybride assemblée en Espagne.
La fin annoncée du moteur thermique et celle, également programmée, des véhicules hybrides ne sont donc pas forcément de bonnes nouvelles pour les sites industriels tricolores de PSA. La nouvelle 308, assemblée en France, ne sera pas dotée d’une motorisation 100 % électrique, pas plus que sa cousine DS4 de deuxième génération, fabriquée par Opel en Allemagne. Il faudra sans doute attendre 2023 pour voir un véhicule aujourd’hui fabriqué en France passer à l’électricité. Peaufiné à Sochaux, le 3008 III existera en effet en version 100 % électrique.

S’appuyer sur des fournisseurs locaux

Ce modèle devrait intégrer de nouveaux moteurs électriques, développés avec Nidec-Leroy Somer, et de nouvelles batteries, fournies par ACC (coentreprise de PSA et de Saft). Tous ces éléments sortiront, en outre, de sites implantés dans l’Hexagone.
De son côté, Renault fabrique déjà en France ses propres moteurs électriques. Le groupe au losange a en outre récemment passé un accord avec le « petit Français » Whylot pour intégrer à l’avenir sa technologie originale. Côté batteries en revanche, ses véhicules électriques intègrent et intégreront des batteries fournies par d’autres. Celles du Coréen LG dans un premier temps, puis celles du Chinois Envision et du Français Verkor à l’avenir. Ces deux derniers fabricants produiront leurs accus en France.
Quant aux plates-formes des futurs véhicules électriques des deux concurrents nationaux, elles seront franco-japonaises pour Renault et française et italienne pour PSA.

La Citroën C4, désormais assemblée en Espagne, est proposée avec des moteurs thermiques et 100 % électrique. © Citroën

Redonner de la vigueur à une industrie en déclin

Les stratégies des deux groupes diffèrent également quant à l’hydrogène. PSA mise sur un partenariat avec le Français Symbio — coentreprise de Faurecia et Michelin —, tandis que Renault a choisi de s’allier à l’Américain Plug Power, cela malgré sa collaboration actuelle avec Symbio. Renault promet cependant que la future coentreprise, le centre de R&D et le — ou les — site de production seront implantés en France.
Les chemins empruntés par les deux constructeurs tricolores pour proposer demain une mobilité 100 % électriques diffèrent sensiblement. Mèneront-ils à la renaissance d’une industrie qui périclite dans l’Hexagone depuis une quinzaine d’années ?
Souhaitons que si tel est le cas, la montée en puissance de la voiture électrique made in France ne se fera pas au détriment des autres modes de locomotion. Notamment des transports en commun, électriques eux aussi.