
Jusqu’en 2015, J. M. Weston maîtrisait toute la chaîne de fabrication d’une paire de chaussures. Si l’entreprise limougeaude dessine et fabrique toujours l’essentiel des modèles qu’elle commercialise aujourd’hui, elle pouvait à l’époque se fournir auprès de sa filiale la Tannerie du Puy pour le cuir des tiges et de la tannerie Bastin & Fils pour celui des semelles. C’était ce qu’on appelle une intégration verticale. Ce n’est plus vrai en 2023, puisque J. M. Weston a vendu les Tanneries de Puy, alors qu’elles connaissaient de graves difficultés financières, à la prestigieuse maison Hermès, peut-être le plus beau représentant du luxe tricolore. Difficile, voire impossible aujourd’hui de savoir quelle est la provenance des peaux dans lesquelles J. M. Weston fabrique ses célèbres mocassins, ses derbies ou ses bottines.
Mais ne soyons pas plus royalistes que le roi : cette marque française crée et fabrique toujours l’essentiel de ses souliers en France, comme quelques autres entreprises. Et les modèles les plus habillés reposent sur des semelles en cuir venues de Saint-Léonard-de-Noblat – est implantée la tannerie Bastin & Fils –, une petite ville située à une vingtaine de kilomètres de Limoges.

Un grand classique made in France : le mocassin 180
Pour beaucoup, J. M. Weston – une entreprise fondée en 1891 – est avant tout synonyme de mocassins. Le modèle 180, créé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, en 1946, est, en effet, le modèle de référence du fabricant. Nombreux sont ceux qui, parmi ses inconditionnels, le portent pendant des années, le ressemellent plusieurs fois, avant de le remplacer par le même modèle — peut-être dans une autre couleur – lorsqu’il est définitivement trop fatigué. En effet, bien qu’il s’agisse de chaussures légères et confortables, les mocassins 180 sont montés sur des machines Goodyear, une fabrication qui autorise plusieurs remplacements de semelles. C’est d’ailleurs grâce à cette réparabilité que la marque commercialise désormais des 180 d’occasion, totalement remis à neuf, vendus à moitié prix.

Il y a quelques années, J. M. Weston a donné un coup de jeune à son mocassin en créant une version allégée, baptisée Le Moc’. Sa construction Blake, l’absence de renforts intérieurs et sa semelle en gomme font du Moc’ un mocassin plus décontracté et particulièrement confortable. Proposé essentiellement en cuir nubuck et décliné en douze coloris, ce nouveau venu est tout indiqué pour les journées chaudes et ensoleillées.
Derbies, richelieus et bottines haut de gamme fabriqués en France
Autre modèle emblématique de chez J. M. Weston : le derby Golf. Ce modèle à lacets, à la fois plus rond et plus robuste que le 180, est monté sur une épaisse semelle de caoutchouc, également remplaçable plusieurs fois. Plus décontracté, le Golf peut cependant compléter une tenue formelle. Ces derbies n’ont, en revanche, pas la finesse ni l’élégance des richelieus ou des souliers à boucle de la marque, qui se marient à merveille avec les costumes les plus raffinés. Quant à Cambre, un autre classique de chez J. M. Weston dessiné dans les années 1970, elle se porte indifféremment avec une tenue décontractée ou habillée. Fabriquée dans une seule pièce de cuir, montée sur une semelle Bastin & Fils réparable pendant de très longues années, cette bottine – qui est cambrée à la main sur une forme en bois – est l’exemple même de l’élégance et de la simplicité. Insensible aux modes qui se succèdent et se remplacent, la bottine Cambre symbolise en quelque sorte l’élégance et la qualité à la française, même si cette expression est trop souvent galvaudée et la source d’inspiration de la Cambre est la fameuse Chelsea Boot, née dans les années 1960 de l’autre côté de la Manche.

Quelques modèles de tennis et baskets produites à Limoges
Mais si la spécialité de J. M. Weston est la fabrication de chaussures de ville de grande qualité, ce n’est pas la production de tennis ou de baskets. Or comment ne pas commercialiser ce type de chaussures confortables en 2023 ? Pour répondre à ce dilemme, l’entreprise française doit recourir à l’importation. Ainsi, si elle crée les différents modèles de tennis et de baskets de son catalogue, elle en confie la fabrication à des spécialistes du Portugal, pays qui en quelques années est devenu la plaque tournante de la fabrication de chaussures en Europe. Les mocassins de conduite sont également fabriqués au Portugal, tandis que les mocassins espadrilles le sont en Italie.
Pour autant, J. M. Weston ne semble pas avoir totalement abandonné la partie. En effet, l’entreprise fabrique elle-même plusieurs modèles de tennis rétro, inspirés d’anciens modèles maison. Elle propose ainsi la Tennis 1938, dont la tige est, au choix, taillée dans de la toile de coton ou du veau. Cette tennis, également proposée en version mocassin baptisée Tennis 1938 Slip On, est alors uniquement disponible en cuir.

Enfin, J. M. Weston s’est même lancée dans la fabrication de modèles qui combinent une tige de chaussure de ville et une épaisse semelle de basket. C’est le cas, par exemple, de la Basket Chasse On Time, un hybride made in France qui tente de marier décontraction et confort et dessin d’un derby traditionnel.
J. M. Weston : chaussures haut de gamme essentiellement fabriqués en France




